Visite du Président Hollande au Canada : 7 idées et suggestions

3 Nov 2014

Monsieur le Président,

Je tenais à vous remercier de votre invitation pour l’événement organisé pour la communauté française d’Ottawa qui s’est déroulé dans le cadre de votre visite d’Etat au Canada, le lundi 3 novembre 2014 à l’ambassade de France.

Malheureusement, comme je m’y attendais, il a été très difficile de pouvoir vous parler, ainsi qu’à vos ministres présents, compte tenu de votre agenda chargé et de la foule qui vous entourait. Alors, bien sûr, nous avons échangé une poignée de main, mais puisque vous veniez également chercher le contact et des témoignages, j’ai pensé que le reste de ce texte pourrait vous intéresser. D’ailleurs, je m’adresse à vous, mais aussi à vos ministres qui pourront se sentir concernés, ainsi qu’à nos représentants, conseillers consulaires, sénateurs et députés des français de l’étranger.

La critique est toujours facile, et plutôt que de m’évertuer à commenter votre venue ou tel bon mot placé dans votre discours, je préfère construire et proposer. A ce sujet, je me permets de rédiger ci-après quelques idées, suggestions et pistes de travail qui pourraient être susceptibles de vous intéresser. Ces idées viennent avant tout d’une réalité vécue depuis 15 mois dans le cadre d’une expatriation à titre professionnelle. Elles sont apolitiques et ne visent aucunement à allumer le feu des critiques et des polémiques. Juste construire ensemble et apporter des idées nouvelles qui pourraient bénéficier à toute la communauté des français de l’étranger. Certaines de ces idées sont faciles à mettre en place, d’autres nécessiteraient plus de temps et de moyens, d’autres encore peuvent sembler utopiques, mais toutes peuvent apporter un regard nouveau sur la situation de nos compatriotes expatriés.

Je ne vais bien sûr parler que de mon expérience et de ce que je connais, c’est à dire une expatriation volontaire, sans aucune aide ni financement extérieur, de la France au Canada.

Rassurez-vous, je ne me plains pas. Je suis là pour construire mon avenir, vivre de nouvelles aventures, rencontrer des gens et développer des opportunités professionnelles. Et qui sait ? Peut-être qu’un jour je rentrerai en France, riche de ces aventures vécues de l’autre côté de l’Atlantique.

Après ce long préambule, entrons dans le vif du sujet, si vous le voulez bien avec 7 idées ou questions concrètes.

 

Développer un accompagnement personnalisé des français en partance

Un départ à l’étranger coûte cher, Monsieur le Président. En temps, en argent et en énergie. Tous les expatriés ne sont pas envoyés à l’étranger sur les fonds des grandes entreprises du CAC40. Tous les expatriés ne disposent pas de services dédiés pour guider les futurs expatriés dans leurs démarches. Alors, oui, Internet est une source inépuisable d’informations. La recherche favorise la prise d’initiative, développe le sens de l’engagement et permet de s’imprégner totalement des futures démarches à accomplir, mais partir à l’étranger de manière autonome (j’entends par là sans être envoyé par une institution existante, sans recevoir une prime de départ ou d’arrivée, sans déménagement payé et organisé) est un chemin truffé, non pas d’embûches, car le  mot est fort, mais de nombreux défis, pas toujours faciles à relever. La maison des français de l’étranger pourrait être un relais intéressant. Certes, on y trouve beaucoup d’informations, mais celles-ci sont très généralistes. Pourquoi ne pas y personnaliser ces informations concrètes, par pays ou province dans le cas du Canada ? Assurance santé, permis de conduire, retraite, impôts… un condensé exhaustif serait bien utile.

Prenons un exemple concret : la retraite. A bientôt 33 ans, ce n’est pas que cela m’inquiète, mais il existe un texte de loi au sujet d’une entente entre la France et la Canada. Après une recherche approfondie sur Legifrance je suis parvenu à mettre la main dessus, mais c’est à peu près tout. En résumé, quand on se renseigne en France, on nous dit “voyez avec le Canada” ; quand on se renseigne au Canada, on nous dit “voyez avec la France”. Intéressant, n’est-ce-pas ? Un guide d’aide serait le bienvenu sur ce sujet par exemple.

 

Sécurité sociale et Caisse des Français de l’Etranger (CFE)

Alors, ici, ma question est simple : qui peut se payer une telle somme ? Je veux dire, quand on n’est soutenu par aucune entreprise, ni canadienne, ni française, et qu’on a le besoin ou l’envie de rester protégé par la sécurité sociale, on peut s’inscrire à la CFE, cotiser, et ainsi bénéficier d’une protection sociale santé et retraite. Nous nous sommes renseignés avant le départ, mais rendez-vous compte du prix : 17000 euros à verser tous les ans, soit plus de 24000 dollars canadiens en date de ce jour. S’expatrier ne veut pas dire partir avec une promotion en or, en salaire sur-dimensionné et des conditions de vie de millionnaire. Que peut-on faire pour diminuer ce coût, sachant que dans notre cas, nous sommes couverts par l’assurance santé de l’Ontario, et que nous ne coûterons presque rien à la sécurité sociale française pour les soins de base et les hospitalisations ? Sauf qu’il est impossible de ne cotiser qu’à la partie retraite… alors, que faire ?

 

Impôts sur le revenu

La première année de départ à l’étranger coûte cher. On s’installe, on prend ses marques, on découvre la ville et le pays, mais surtout, concernant le Canada, on est doublement imposé ! Nous payons les impôts sur le revenu de l’année précédente en France et en plus les impôts sur le revenu de l’année en cours au Canada, pays dans lequel est appliquée la retenue à la source. Deux pour le prix d’un !

Alors, pourquoi ne pas proposer un étalement systématique du paiement des impôts sur le revenu sur deux années plutôt que de tout payer dès la première année au risque de se mettre en danger financièrement ?

Tant que je suis sur les impôts, je continue. Avez-vous déjà essayé de contacter les services des impôts canadiens ? J’imagine que non, alors je poursuis ma démonstration. Joignable au téléphone six ou sept jours sur sept pendant les périodes d’activités intenses, de 8h à 21h. Avez-vous déjà essayer de contacter les services des impôts des non-résidents ? J’imagine que non, alors je continue : joignable du lundi au vendredi de 10h à 16h, heure française. Comment faire pour les contacter quand on est à l’autre bout du monde et qu’on travaille toute la semaine ? Par email, me direz-vous ? Oui, si vous n’êtes pas pressé. En moyenne, deux semaines d’attente pour recevoir un accusé de réception automatique vous demandant de ne pas réitérer votre demande et dix jours supplémentaires pour avoir une vraie réponse. Vous avez d’autres questions ? C’est reparti pour le même délai. Je ne veux surtout pas tomber dans la critique gratuite de l’administration française. Mais je vous propose ceci :

  • Organisation du service des non-résidents par grande zone géographique pour que nos compatriotes puissent plus facilement les contacter (par exemple zone Amérique, zone Europe-Afrique, zone Asie et Océanie). Ainsi, avec des périodes d’ouverture adaptées aux horaires des contribuables pour lesquels ils travaillent, les agents ne pourront que mieux assurer un bon service à la clientèle.
  • De la même manière, on devrait pouvoir avoir des interlocuteurs dédiés par email répartis par grandes zones, et surtout, pouvoir communiquer avec eux avec leur adresse email professionnelle, et non pas une adresse courriel générique unique qui génère attente et frustration.
  • S’il faut mettre en place un accusé de réception par courriel, on peut certainement l’envoyer dans les 24 heures

Equivalence des diplômes et compétences hors UE

L’Europe est finalement une belle machine qui, à force de travail et d’abnégation, a réussi à construire un espace commun lisible et clair en terme de diplôme avec le système LMD. Et c’est quand on quitte l’Union Européenne, qu’on s’en rend compte… C’est triste !

Sachez qu’il est difficile de faire reconnaître nos diplômes et compétences au Canada. Il faut payer des sommes conséquentes à des organismes qui mettent du temps à faire ce travail. Puisqu’on établit un grand accord de libre échange entre l’UE et le Canada, pourquoi ne pas y inscrire la reconnaissance mutuelle des diplômes ?

Je vais vous donner un autre exemple, qui pourra intéresser votre ministre de l’éducation nationale, dont la présence a été très appréciée par ailleurs, comme en ont témoigné les photos prises par les élèves du lycée français d’Ottawa. Imaginons le cas d’une enseignante française qui ne trouve pas de place au lycée français et qui souhaite travailler pour des écoles canadiennes (disons ontariennes par exemple). Il existe un processus d’équivalence mis en place par l’ordre des enseignants de l’Ontario qui prend en moyenne entre 12 et 18 mois et qui, là encore, coûte plusieurs centaines d’euros. Ne pourrait-on y voir ici une occasion de simplifier ces procédures ? Nos enseignants français sont bien formés. Pourquoi est-ce si compliqué qu’ils puissent enseigner à l’étranger ? Dans le même esprit, nous pourrions aussi accueillir des enseignants canadiens dans le système français, non ?

 

Carnet de santé

En Ontario, avoir un médecin de famille est loin d’être chose aisée. Oui, tout n’est pas toujours parfait à l’étranger ! Toutefois, une fois que nous avons trouvé un, il est compliqué pour lui, comme pour ses patients français de créer cette relation sans avoir aucune information sur l’historique médical de ceux-ci.

Je suis de cette génération qui a grandi avec le carnet de santé bleu foncé des années 80. Celui qui est progressivement devenu la bible de ma santé, qui regroupe mes vaccins écrit de manière illisible par différents praticiens, les allergies médicamenteuses ou alimentaires, les séjours à l’hôpital, l’historique familial… bref, l’essentiel. Quand je suis arrivé chez mon médecin avec ce carnet craquelé par le temps, il m’a regardé avec les yeux de celui qui voit un extraterrestre. Et encore, j’ai eu la chance de trouver un médecin francophone.

Voici donc mon idée : créer un carnet de santé numérique, avec les principales informations en français et anglais, qui regrouperait tout notre historique de santé. Une simple connexion sur un site ou sur une application mobile sécurisés, et on pourrait ainsi partager des informations clés, sans risque de confusion. On peut imaginer le développer dans de nombreuses langues, mais déjà en version bilingue français/anglais, ce serait un grand pas en avant pour communiquer avec un professionnel de la santé lorsqu’on s’établit à l’étranger.

 

Inscription au Consulat de France

Je n’ai toujours pas compris pourquoi cette inscription n’est pas obligatoire. Cela permettrait à vos services d’en savoir beaucoup plus sur les français de l’étranger, savoir qui ils sont, ce qu’ils font… Quand on m’a parlé de l’inscription au consulat, j’imaginais au départ, une sorte de réseau social type LinkedIn, où on pourrait mettre à jour nos profils, partager des informations avec les français du consulat auquel nous sommes rattachés, voter en ligne, bref, développer un réseau d’ambassadeurs et de prescripteurs puissant.

Je m’y suis tout de même inscrit, par pur sens civique au départ, et ensuite pour des questions pratiques en cas de renouvellement de passeport par exemple. Et là, voici les étapes que j’ai dû suivre :

  • Télécharger un fichier pdf sur internet.
  • L’imprimer
  • Le remplir a la main, car il n’était pas auto-remplissable.
  • Le signer et coller ma photo
  • Trouver un scanner pour le numériser
  • Et enfin, le renvoyer par email au consulat avec toutes les pièces jointes.

Vous imaginez le temps perdu ? Aussi bien pour nos compatriotes que pour les personnes s’occupant du traitement des dossiers au consulat.

Je vous propose donc de pouvoir faire cette procédure en ligne directement via le site internet du consulat avec un formulaire sécurisé qui serait rempli en quelques minutes. D’autre part, je propose de rendre l’inscription au consulat obligatoire et de proposer des outils à valeur ajoutée, pour développer ce réseau – sur la base du volontariat – des français de notre circonscription.

 

Représentation au Parlement Européen

Bien qu’expatrié français au Canada, je continue à avoir la fibre européenne. Je me suis déplacé à l’ambassade de France pour aller voter, mais j’avoue qu’avec le recul, je reste un peu sur ma faim. Je trouve normal que les français de l’étranger soient représentés au Parlement Européen, comme ils le sont en France par le biais de conseillers et de délégués consulaires, de députés et de sénateurs. En revanche, j’aimerai bien comprendre pourquoi est-ce que nous devons voter pour les listes de la région Ile-de-France aux élections européennes quand nous sommes à l’étranger ? Je me permets de douter du fait que les élus franciliens travaillent au quotidien pour représenter les millions de français de l’étranger lorsqu’ils votent les lois à Bruxelles ou Strasbourg. Pourquoi ne pas créer des députés européens des européens de l’étranger ? Des députés qui comprennent nos problématiques et qui sont capables de défendre nos intérêts.

 

Voila, Monsieur le président, sept suggestions et remarques pratiques et concrètes sur mes 15 premiers mois de vie au Canada.

Je tiens tout même à vous rassurer, même si rien n’est facile, je me plais parfaitement dans ce grand et beau pays. Malgré les nouvelles, pas toujours gaies et optimistes de l’actualité française, je reste, malgré tout un ambassadeur fidèle de ma région et de mon pays d’origine.

Une expatriation, qu’elle soit courte ou longue, apporte toujours énormément, tant sur le plan personnel que professionnel, mais c’est vrai qu’il reste encore pas mal de petites choses à régler pour faciliter encore plus cette mobilité internationale, si puissante et si riche d’enseignement, celle qui fait vivre notre langue, notre culture et notre économie sur tous les continents du monde.

 

Respectueusement,

 

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