L’abricot et la noix de coco : question d’amitié

7 Mar 2015

Quitter son pays, sa famille, ses amis, son travail et ses habitudes culturelles pour venir s’établir au Canada est un défi en soi qui nécessite une bonne dose de patience, d’ouverture d’esprit, de flexibilité intellectuelle et d’organisation. Alors, forcément, une fois tous les problèmes logistiques surmontés, une fois que la vie commence à retrouver une certaine routine, une fois que l’on quitte cet état d’esprit de “touriste permanent” des premiers mois, une des manières pour faciliter son intégration sur place semble simple : se faire des amis.

Et, c’est là que le chemin de croix commence… pour tenter d’en comprendre les tenants et les aboutissements, on va parler botanique !

J’ai entendu l’expression “abricot et noix de coco” pour la première fois en novembre 2012 lors du salon destination Canada qui se tenait à Paris et qui m’a permis de décrocher ce précieux sésame pour le Canada. C’était dans la bouche de la rédactrice en chef du magazine l’Express qui sort tous les ans un numéro spécial “s’installer au Canada”. Fine connaisseuse du Canada, et du Québec en particulier, pour y avoir vécu près de dix ans, elle a évoqué avec beaucoup d’humour l’abricot et la noix de coco pour comparer les relations interpersonnelles entre français et canadiens. C’est donc l’occasion de rentrer un peu plus dans le vif du sujet.

 

Les français, ces noix de coco !

 

Sans refaire le procès de ces maudits français (ou français de base) pour lequel je vous renvoie à l’article dédié, nos compatriotes sont donc assimilés à une noix de coco quand on parle d’amitié et de relations sociales. Pourquoi ? Très simplement, car nous avons la peau très dure, mais qu’une fois qu’on parvient à la découper, on tombe sur une chaire goûteuse et très agréable.

Je vous la fais simple : les français sont des gros râleurs qui font tout le temps la tête, mais qu’on parvient à les connaître un peu, ils sont vraiment sympas ! Vous voyez la métaphore ?

 

Les canadiens, ces abricots !

 

De l’autre côté de l’Atlantique, à présent, c’est justement l’effet inverse : extrêmement chaleureux, accueillants et faciles d’accès, les canadiens sont aux premiers abords tout à fait adorables et sympathiques. Mais lorsque l’on creuse un peu, on tombe vite sur un noyau ! Je vous la fais simple : Il est plus facile de rentrer dans Fort Knox que dans l’intimité d’une famille canadienne. Vous saisissez toujours la métaphore ?

 

Et au-delà de la métaphore ?

 

Il y aura évidemment toujours des personnes qui vous diront qu’ils ont réussi à créer de superbes liens d’amitié et qu’il ne faut pas généraliser. Oui, bien sûr. Mais ce constat qui sort de la bouche d’une spécialiste française du Canada fait tout de même écho à l’expérience vécue sur place depuis plus d’un an et demi, et aux très nombreux témoignages que l’on peut trouver sur les forums.

Sans dramatiser, il est évidemment normal que des personnes vivant dans des pays différents soient différents en terme de culture, d’habitudes de vie et de relations sociales. Il n’y a pas un modèle mieux qu’un autre, juste des modèles qui, pour nous, français expatriés, sont intéressants à relever pour mieux les comprendre et s’y adapter.

Quand on arrive au Canada, on est très confiants. On s’y sent bien, les gens sont accueillants, souriants et faciles d’approche. On a l’impression de se faire de nouveaux meilleurs amis à chaque fois qu’on rentre dans un magasin (là aussi, je paraphrase une expression de cette journaliste). Autant vous dire, qu’au début c’est surprenant !

 

Commençons par nous ausculter : les français sont compliqués en amitié. Il faut passer par des sortes d’épreuves d’initiations informelles secrètes afin de s’assurer que nous sommes bien en phase d’un point de vue démographique, socio-culturel et intellectuel. On se jauge, on s’observe, on se teste, on prend notre temps, on lance une perche histoire de voir comment l’autre réagit, puis peu à peu, on commence à se livrer, on déverrouille le rideau de fer, on entrouvre une meurtrière et on fait rentrer l’autre dans notre quotidien et dans notre intimité.

Par contre, une fois que l’écorce de la noix de coco est ouverte, ensuite, c’est “à la vie – à la mort” et “best friend forever” ! On se reçoit à dîner à la maison, on fait des apéritifs ensemble, on partage notre quotidien, on part en vacances ensemble, on échange nos enfants (ou presque). bref, c’est la fameuse pulpe de la noix de coco. Une fois que lien d’amitié est construit, il ne cessera, sauf accident, de se consolider au fil du temps.

 

Pour les canadiens, c’est donc bien l’inverse. On créer du contact très rapidement, on va boire un verre ou manger ensemble au restaurant, on peut voir un concert ou échanger par Facebook, mais plus le temps passe et plus on a envie d’aller un peu plus loin. Aller au-delà de ce côté superficiel et très sympa d’emblée, mais après deux bouchées d’abricot, on arrive sur le noyau. Et là, ça devient dur : on fait face au traditionnel “on s’appelle” ou “il faut qu’on se voit”, puis plus rien. C’est comme si les canadiens ne laissaient rentrer personne au coeur de leur intimité. Le foyer, la famille, la maison, les enfants représentent une zone à défendre à tout prix. On ne s’invite pas chez soi, mais au restaurant. On se trouve avec plaisir à l’extérieur, et à moins d’être un copain d’école vieux de 15 ans, en tant qu’étranger, vous vous heurterez toujours au noyau. L’engagement est différent. Mais pourquoi ? Est-ce une question de confiance ? D’envie ? D’habitudes ? De codes sociaux ?

 

Difficile à dire, mais c’est aussi une des raisons pour lesquelles les étrangers se retrouvent souvent entre-eux. A moins d’avoir la chance de rencontrer des canadiens ayant beaucoup voyager, ayant vécu à l’étranger et particulièrement ouvert d’esprit, il sera très difficile (mais pas impossible, restons positifs), de créer de grands liens d’amitiés. Difficile, donc, mais toujours possible sur le long terme. Depuis notre arrivée, nous avons rencontré des français qui se sont établis au Canada depuis 15, 20 ou 30 ans et qui ont autour d’eux un vrai cercle d’amis “locaux”. Ils ont d’ailleurs souvent une femme ou un mari canadien(ne), ce qui est un coup de pouce non négligeable.

 

Ce ne doit pas être pour autant une raison d’être abattu ou de se déprimer. C’est ainsi que cela fonctionne. On n’est pas chez nous et on ne changera pas les habitudes locales. On n’imposera à personne notre manière de concevoir l’amitié.

En revanche, en cherchant bien, on peut trouver des canadiens plus susceptibles de correspondre à nos critères habituels.

Et puis, il y a aussi consensus sur un fait simple : les enfants sont un catalyseur qui permet d’ouvrir de nombreuses possibilités de rencontre et donc d’amitiés.

 

Au final, il nous reste trois possibilités : se retrouver entre étranger, faire des enfants, se marier avec un ou une canadien(ne) ou être très patient et irréprochable : au final, on finit toujours pas croquer le noyau de l’abricot !

 

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