N’oubliez pas l’pourboire !

21 Jul 2014

Quand on parle de différences culturelles entre le Canada et la France, on évoque, bien sûr, la simplicité des échanges, la bureaucratie réduite, l’efficacité administrative, le tutoiement spontané… mais également le si mystérieux pourboire qui provoque bien des sueurs froides aux français.

 

Habitude culturelle du “tout-compris”

 

Pourquoi est-ce si compliqué de mettre la main au portefeuille pour nos compatriotes lorsqu’il s’agit de parler de pourboire ? Tout simplement, parce que ce concept, s’il existe à la marge en France, ne fait pas partie intégrante de nos habitudes de consommation. Et pour cause, puisqu’au même titre que la TVA, le service est intégré au prix de vente, et c’est bien cette notion de service qu’on paye outre-Atlantique. En France, on sait ce qu’on paie à l’avance et tout est compris. Il n’y a pas de mauvaises surprises au moment de signer la note et les serveurs sont payés pour faire leur travail sans qu’on y pense réellement. Évidemment, il est toujours possible, et très apprécié, de laisser un pourboire en plus si le service est réellement exceptionnel. Mais ça reste souvent à la marge. Au Canada, le pourboire n’est pas qu’une mesquinerie financière parfois volontairement incomprise, c’est aussi une manière pour les serveurs de gagner leur vie.

 

Payé au service

 

Les serveurs sont payés à un tarif horaire moindre que le minimum en vigueur. Leurs salaires sont donc complétés par les pourboires qui peuvent s’étendre de 10% du prix hors taxe pour un service sans classe, à 15% pour un service attendu (ou même jusqu’à 18 ou 20% pour un service exceptionnel). Sans rentrer dans le détail fiscal, ces pourboires sont imposés par les services des impôts, qu’ils aient été effectivement ou non bien versés. Cela veut généralement dire que plus le serveur veut obtenir un bon pourboire, plus il fera son nécessaire pour donner un service de qualité au client. Ça change des comportements généralement adoptés par les garçons de café parisiens, pas vrai ?

Au Canada, même si la loi n’impose pas le versement d’un pourboire, c’est une habitude automatique qui est entrée dans les mœurs. D’ailleurs, il est très rare d’avoir un mauvais service au restaurant ou dans un bar. On a la culture du client dans la peau et ça fait partie des habitudes de travail. Quand on débarque au Canada, on se dit toujours “ils sont payés pour travailler, on ne va pas en plus donner un pourboire supplémentaire”, mais au risque de passer pour un bon français de base, on ne fait que reproduire et construire l’image des touristes français à l’étranger qui ne brillent pas toujours par leur propension à s’adapter rapidement à la culture du pays. Même si c’est frustrant pour notre culture du “tout-compris”, même si la résistance au changement est forte, c’est ainsi et il faut jouer le jeu. Un bon service au restaurant vaut bien ce petit effort, n’est-ce pas ?

Car même si on pense toujours “restaurant” en parlant de pourboire, on se rend compte qu’en vivant au Canada, cette culture du service est bien plus étendue que cela.

 

Restaurant, taxi, coiffeur…

 

Dire qu’il faut du temps pour comprendre comment fonctionnent les habitudes culturelles locales du pourboire au restaurant, il faut en plus donner du pourboire ailleurs ? Hélas, oui ! Pour être honnête, même si on était sensibilisé au concept du service au restaurant, son application dans d’autres secteurs d’activités nécessite une petite flexibilité intellectuelle pour en comprendre les tenants et les aboutissants.

Commençons par le coiffeur. On paye pour la prestation globale, c’est à dire la coupe de cheveux, mais il est d’usage de rajouter quelques dollars à la personne qui vous lave les cheveux et à celle qui vous apporte un rafraîchissement ou un magazine. Autant dire que la note peut vite monter au final.

Les livreurs : on peut laisser 10% de la facture en guise de pourboire, en particulier si l’objet de la livraison est volumineux, lourd ou que vous habitez au cinquième étage sans ascenseur. Pour les autres livraisons (pizzas, épicerie…) on peut rajouter quelques dollars. Là encore, c’est un concept… trop conceptuel quand on a jamais eu cette habitude.

A l’hôtel : il faut aussi donner à la personne qui porte vos bagages ou qui vous ouvre la porte. Ce n’est pas obligatoire mais fortement recommandé, à fortiori si vous avez la chance de résider dans des hôtels haut-de-gamme.

Dans les taxis : on paye la course et on peut aussi rajouter un supplément si le chauffeur – déjà payé pour sa prestation – a été d’une aide particulière (conseils, astuces, aide pour les bagages…).

Bref, dans cette société où le client est roi, il faut toujours avoir un peu de liquide sur soi et être prêt à dégainer vite ses petites coupures.

 

Paiement automatique

 

Pour compléter le tout et histoire de ne pas oublier le pourboire, à chaque fois qu’on paye par carte bancaire au Canada, on a l’impression de jouer à la Game Boy. On choisit le compte à débiter, puis le pourboire si c’est en pourcentage ou en montant, on valide, on confirme son choix, on rentre son code, on valide, on attend… bref, c’est toujours un moment un peu épique. Mais l’efficacité Nord-Américaine se niche dans les détails puisqu’en cas d’oubli – volontaire ou non – il n’est pas si facile de partir sans laisser un pourboire. La technologie est là pour vous y aider… et la pression sociale qui pèse sur vos épaules également !

 

Alors, pourboire ou pas pourboire ?

 

Je me suis souvent demandé si la méthode canadienne du pourboire fonctionnerait en France. Serait-on mieux servi pour autant ? Aurait-on un meilleur service ? Y-a-t-il un modèle meilleur qu’un autre ? Difficile à dire. Ce que je sais, en revanche, c’est que la culture du service client et du service touriste est toujours louée dans les pays anglo-saxons et trop souvent décriée en France. La culture du service et l’état d’esprit y est forcément pour quelque chose. Pourquoi un garçon de café aux horaires décalées, payé au SMIC dans la capitale où les loyers sont hors de prix ferait-il un effort supplémentaire pour plaire au client ? En revanche, s’il pouvait doubler son salaire avec un excellent service, il verrait certainement les choses différemment, non ?

Toutefois, comme souvent, le principe du pourboire ne fait pas tout. L’intelligence émotionnelle des travailleurs, leurs aptitudes au service et leurs qualités de communication restent les meilleures armes pour accueillir avec efficacité les clients et recevoir ce supplément pécunier fort apprécié, que la pratique soit ancrée, ou non, dans la tradition.

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