My Tailor is Rich

12 Mar 2014

Quand les canadiens sont supers contents de te répondre en français quand tu tentes de parler anglais pour t’améliorer…

C’était le premier tweet publié avec le hastag #FrenchInOttawa sur Twitter. Et c’est vrai que lorsqu’on débarque à Ottawa, on se dit “génial, on va pouvoir pratiquer son anglais à fond et on n’est pas perdu, puisqu’on est juste à côté du Québec le jour où on veut parler français…”

Sauf que, comme bien souvent, entre l’idée et la réalité, il y a un monde. Et ce monde n’est pas facile à combler.

Allez faire comprendre à un Franco-Ontarien ou à un Québecois que, bon, c’est bien sympa le français, mais on n’a pas traversé l’Atlantique pour parler la langue de Molière ! Et au moment où l’on commence à formuler cette phrase dans notre petit cerveau de français “de base” (j’aurais l’occasion de revenir sur cette fabuleuse notion un peu plus tard), on se rend soudainement compte de notre profonde ignorance de et des culture(s) locale(s). Car oui, on parle bien français au Canada (jusque-là ce n’est pas trop une surprise) en dehors de la belle province (Québec en l’occurrence, et là, les choses se compliquent).

Sans refaire l’histoire du Canada et de la Nouvelle-France (le musée des civilisations – pardon… le musée canadien de l’histoire selon son nouveau nom –  est parfait pour ça…  et j’en conseille vivement la visite), il existe une forte communauté francophone en dehors du Québec. Oui, il existe de nombreux Franco-Ontariens, des Franco-Nuvanois, des Franco-Colombiens (qui viennent de Vancouver et non de Bogota), etc… Bizarre, quand on vient de France où on s’est jamais vraiment battu pour la sauvegarde de notre langue, pas vrai ? Encore plus bizarre quand on brocarde gentiment notre poussiéreuse académie française et qu’ajouter des mots d’anglais ou des néologismes shakespeariens dans notre quotidien nous rend soudainement intelligent, nous transforme en personne « hype », « cool », bref, en un mot « tendance ». Et je ne parle pas ici des traditionnels parking, shopping ou email. Non. Je parle de checker nos mails, d’upgrader un logiciel, de rendre des dossiers asap, de payer cash ou d’élaborer une stratégie digitale.

Donc, pour en revenir à notre sujet, traverser l’Atlantique pour parler français, ça surprend un peu au départ. Encore plus quand ce n’est pas le projet initial. On connait tous nombre de français qui se battent pour obtenir un PVT ou un VIE à Montréal ou Québec, parce qu’on parle français. Ici, ce n’était pas vraiment le cas. Et puis finalement, on s’y habitue avec un peu de bonne volonté. Ce n’est évidemment pas au supermarché ou dans les bus d’OCTranspo (j’y reviendrai aussi un peu plus tard sur ce sujet) qu’on développe son anglais, mais on acquiert des automatismes. Notre cerveau s’habitue peu à peu à cette double culture. Notre oreille n’est plus surprise de baigner dans un environnement anglo-francophone. Et finalement on y gagne certainement en agilité d’esprit et en réactivité, à défaut de devenir bilingue en trois mois.

Et puis, travailler pour une entreprise, ou une cause, francophone ou franco-ontarienne est également stimulant sur le plan culturel et intellectuel. C’est une manière de s’intéresser en profondeur à une histoire commune et pourtant si éloignée, une façon de comprendre ses habitants par les combats menés en faveur du pluralisme linguistique, et, en dépit d’un socle commun, de s’émerveiller (ou de s’agacer parfois, soyons honnêtes) devant une richesse lexicale qui nous fait parfois défaut dans l’hexagone.

Reste que baigner dans un environnement anglophone est une composante forte de notre projet de vie au Canada. Le futur nous dira donc comment nous pourrons y accéder.

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